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Enregistrement #8372

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id 8372
filename HAMNET, Chloé Zhao 2026, Jessie Buckley, Emily Watson, Noah Jupe, David Wilmot, Joe Alwyn (bio drame)@@@.jpg
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titre HAMNET, Chloé Zhao 2026, Jessie Buckley, Emily Watson, Noah Jupe, David Wilmot, Joe Alwyn (bio drame)@@@
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texte Angleterre, 1580. William Shakespeare, un humble professeur de latin, fait la connaissance d'Agnes, une jeune femme à l'esprit libre. Fascinés l'un par l'autre, ils entament une liaison fougueuse avant de se marier et d'avoir trois enfants. Tandis que William tente sa chance comme dramaturge à Londres, Agnes assume seule les tâches domestiques. Mais lorsque Hamnet, leur fils de 11 ans, meurt de la peste, le couple, autrefois profondément uni, vacille. Alors qu'il traverse l'épreuve la plus douloureuse de son existence, William voit naître une inspiration qui va l'amener à rédiger l'un de ses plus grands chefs-d'oeuvre...

TELERAMA
La genèse fictive de la pièce “Hamlet”, à travers l’histoire du jeune couple formé par Agnes la guérisseuse et William Shakespeare. Lyrique ou boursouflé ? Ce film biographique romancé divise nos critiques.

POUR : une rare intensité
Une heure trente-sept précisément. Il faut attendre le dénouement, sur la scène du Globe, son théâtre londonien, pour que soit prononcé, une seule fois, le nom de William Shakespeare. Détail qui confirme que nous n’avons pas affaire à un biopic comme les autres. Ni à un biopic tout court. De la vie et de l’œuvre du dramaturge élisabéthain, il sera très peu question. Hamnet est davantage un film sur l’amour conjugal, le chagrin et la puissance cathartique du théâtre. Inspirée du roman éponyme de l’Irlandaise Maggie O’Farrell, que l’autrice a adapté avec Chloé Zhao, l’intrigue tire profit des informations lacunaires sur la jeunesse de Shakespeare — que les historiens appellent les « années perdues » —, pour donner vie, avec une rare intensité, à la relation, authentique, entre Will et Agnes, de leur coup de foudre à la mort de leur fils Hamnet, emporté par la peste bubonique à l’âge de 11 ans.

À l’exception de la dernière demi-heure, climax émotionnel et théâtral, l’action est circonscrite au foyer de Stratford-upon-Avon où Will (Paul Mescal), précepteur et fils de gantier, épouse Agnes (la tornade Jessie Buckley), guérisseuse qui dort volontiers dans les bois quand elle ne se promène pas avec un faucon sur le poing. Brocardant l’excès de folklore bucolique, une collègue sarcastique nous avait promis un « musée du bol en bois », là où nous avons admiré, au contraire, une évocation pleine de bruits de nature et de fureur mystique, parfaitement en harmonie avec l’Angleterre du XVIe siècle et son paganisme rémanent, qui infusera plus tard toute l’œuvre de l’auteur du Songe d’une nuit d’été.

Dans le sillage de Priscilla, de Sofia Coppola, sur l’épouse d’Elvis Presley, de La Femme de Tchaïkovski, de Kirill Serebrennikov, ou de Bonnard, Pierre et Marthe, de Martin Provost, Hamnet appartient à ces films biographiques qui ambitionnent d’éclairer la vie d’un artiste du point de vue de leur conjointe, confirmant l’évidence selon laquelle le génie est, plus souvent que l’histoire ne l’a retenu, affaire de famille et de partage des tâches. Cette relecture féministe et matérialiste de l’inspiration shakespearienne n’a rien d’anecdotique. Quand le jeune père s’enfuit vers la capitale pour devenir célèbre, son ascension restera hors champ, on demeure du côté d’Agnes, des enfants et de la maladie. Sans nier la dimension sacrificielle de cette séparation des corps, le film, fidèle en cela au roman, s’emploie à la transcender en la faisant glisser vers le surnaturel. À l’absence (provisoire) du père succède l’absence (définitive) du fils — scène bouleversante dans laquelle le jeune Hamnet, en décelant la terreur dans les yeux fiévreux de sa sœur jumelle, parvient in extremis à « tromper la mort ».

Les fantômes et la mythologie hantent le théâtre de Shakespeare autant qu’ils irriguent les films de Chloé Zhao, des cow-boys indiens de The Rider (2017) aux superhéros écolos des Éternels (2021) en passant par les déclassés du rêve américain de Nomadland (2020), qui parcouraient l’Arizona en van, tels des spectres. Comme chez Terrence Malick, à qui l’on pense, le lyrisme échevelé de la mise en scène peut basculer dans le sentimentalisme (un plan d’enfant en trop, une bande originale signée Max Richter parfois emphatique) mais, dans l’ensemble, la fougue est bien dosée. On a connu film à Oscars moins subtil. Dans la représentation d’Hamlet qui clôt en majesté ce film de deuil et de purgation collective des passions, les sanglots des parents contaminent goutte à goutte les spectateurs et résonnent comme un chant d’amour dont le pouvoir consolateur n’a pas fini de nous submerger. — Jérémie Couston

CONTRE : une croisade lacrymale déplaisante
À en croire le scénario, les femmes seraient attirées, d’instinct, par la nature, la vie domestique, le soin ; et les hommes, par la vie sociale, la ville, l’ascension professionnelle. Pendant deux longs tiers de film, cette différence ne cesse de s’accentuer entre madame et monsieur Shakespeare (qualifié de « gringalet lettré » par les dialogues, malgré la musculature de Paul Mescal, gag), sans le moindre regard critique ou interrogateur de la part de la réalisatrice sur une telle partition des rôles. L’épouse, un peu herboriste, un peu guérisseuse, tient à mettre au monde son premier enfant toute seule dans un sous-bois et son intuition lui réussit ; c’est seulement à partir du deuxième accouchement, alors qu’elle est contrainte de rester sur un lit pour cause de pluie torrentielle, que les choses commencent à mal tourner. Après quoi, dans sa quête d’Oscars, Chloé Zhao ne recule devant aucune offensive tire-larmes et n’hésite jamais à envoyer les enfants au front de sa croisade lacrymale.

La cinéaste voudrait sans doute signer un éloge de la sorcière en s’engouffrant dans la fiction très librement brodée par sa coscénariste romancière. Mais le film part dans une direction opposée, contre-productive et humiliante pour son personnage féminin. Car, après le ridicule involontaire, du fait d’une mise en scène boursouflée et pompière, autour des croyances et rituels de l’héroïne en sa forêt, viendra le temps du rappel à la raison. Au pied du mur, Agnes assiste, pour la première fois, à une pièce écrite et jouée par son mari. Il lui faut alors s’incliner devant ce théâtre, qui est le fait des seuls hommes. Cet époux à qui elle reproche amèrement de délaisser la campagne, de négliger la vie familiale et son rôle de parent, elle doit en reconnaître l’immense mérite. Bien davantage que les plantes et l’invocation des esprits de la forêt (mis en échec), son travail à lui est présenté comme le véritable recours, le secours absolu face aux grandes blessures de l’existence. Autrement dit, le génie de Shakespeare renvoie la mère de ses enfants à son obscurantisme intégral… La formule est bien connue, derrière chaque grand homme, il y a une femme. Mais le message déplaisant de Hamnet est plutôt celui-ci : heureusement qu’il y a un grand homme éclairé devant cette femme égarée. — Louis Guichard
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