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Enregistrement #16

id 16
date 2002-02-27 17:02:42
titre langues etrangeres (Tristan MARA)
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comment Tu prends ma main. Je me laisse fuir. Tu prends mon doigt. Je l’oublie.
Tu le portes à ta bouche. Je suis surpris. Tu l’enfonces dans ta bouche. Je frémis.
Tu le caresses avec ta langue. Tu es délicate, si délicate.
Je bande, les yeux fermés mon doigt dans ta bouche. Je me détends.
Tu le sens et tu en profites. Tu suces mon index, tu le promènes entre douceur et fermeté.
Je le sens et je m’y abandonne. Amour de ta langue sur le coussin de mon doigt.
Tu es liquide, légèreté. Je sens ton muscle promener en fantaisie la chaleur humide de ton plaisir.
Sous-jacent, l’envie de moi, le désir de toi.
Tes dents se resserrent promenant l’arrête vive en amont de la volupté que tu offres comme un reproche.
Une coupure comme un barrage retient les effluves d’une langueur dont je me laisse envahir.
En aval l’irréalité suave de ta caresse.
Tantôt au-dessus, tantôt en dessous, tantôt sur un coté, tantôt sur l’autre.
Les bords de ta langue me donnent la mesure, goût de ce vertige, un voyage en toi.
Tes dents affirment ta volonté, mon doigt se tend comme un membre.
Mon membre se tend comme mon doigt.
Tu frottes le coussin de mon index avec ta langue, avec tes dents.
Tu enfonces mon doigt au fond de ta gorge, profondément, je voyage dans ta bouche, chemine tendu dans la beauté de mon prochain naufrage.
Tes yeux fermés, tes succions rendent à ma mémoire des voluptés déjà ressenties, jamais imagées.
Tu me baignes dans une lumière veloutée. Tu me donnes à voir.
J’aimerais pouvoir maintenant éjaculer de ce doigt si tendrement flatté.
J’ai envie de le faire. Mes muscles se tendent. Je me tiens raide sur le fauteuil.
Je cherche le chemin intérieur qui fera monter mon sperme jusqu’au bout de mon doigt.
Cela monte en moi fortement.
Tu accentues et affermis les gestes de ta succion. Tu branles mon doigt.
Vite et fort tu caresses, tu mords,
tu enroules le derme qui se tord de plaisir sous la pression de ta douceur.
Ce sperme monte en moi cherche son issue. Tu t’assois sur mon ventre.
Mon sexe devient autant le mien que le tien. Tu le tiens de l’autre main.
Tu ne le bouges pas. Mon doigt se raidit. Mon sexe se raidit.
Je vais verser par le premier chemin venu le débord de mon plaisir.
Tu tiens mon sexe entre nous. Tu enfonces mon doigt dans ta bouche.
Je sens le dos de ta langue le serrer violemment.
Trop de volupté dans ton geste… je me retiens… Je suis tendu et te porte sur mon ventre…
Tu serres mon index contre ton palais…
D’un souffle je vide ma joie en traits liquides qui aspergent tes seins, ton ventre, mon ventre.
Tu te penches contre moi, obtiens encore les versements d’un plaisir qui t’échappe.
Les spasmes remontent au jour l’envie de vivre que je te dois.
Tu t’écartes, regardes et frottes de ta main le sperme qui fait briller ta peau.
Tu ris, te penches et lèches mon corps partout où il brille de sa jouissance.
Tu te relèves, me donnes un baiser, souris. «La vie est à nous maintenant» déclares-tu heureuse.


Nous devions nous rencontrer ce jour. Premiers contacts entre nos peaux.
Premières chaleurs de toi. Premières sensations de toi.
Nos visages se rapprochent pour piocher ce baiser qui fera tout basculer. Je dis «encore».
Tu es si proche, que je zoome déjà des parfums qui échappent au monde.
Je te respire. Nous nous déshabillons. Tu deviens vitale.
Tu t’immerges dans mes sens sans égard pour mon désir.
Ces secondes sont précieuses. Inouïes
ce temps sur le fil du rasoir entre ce que je ne connais pas de toi et ce dont nous jouirons ensemble.
Tu sens mon temps prendre son temps. Lent, tu me trouves lent.
Délicieux, je trouve délicieux cette déchirure.
Tu hésites. Je ressens. Tu t’interroges.
Je refais sans cesse ces secondes.
Cela te trouble, te gêne.
Cela m’envahit.
Nos temps se séparent.
mots
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