Rochebrune est au bord du chaos. Johnny, leader du mouvement de protestation de la ville, a disparu après avoir braqué un fourgon. Lorsque Paul Ligre apprend la nouvelle, il quitte précipitamment Paris et revient dans la ville qui l'a vu grandir pour retrouver son ami d'enfance avant la police. Seulement, l'enquête d'Anna Radoszewski la mène inéluctablement vers le secret qui unit Paul et Johnny.
TELERAMA
Dans une petite ville sinistrée, la disparition d’un homme après un braquage meurtrier exhume une amitié lourde de secrets. Un polar finement construit pour ce premier film intense de Baptiste Debraux.
Le fugitif de ce thriller, cet homme poussé à l’irréparable, avait-il un meilleur ami dans l’enfance ? A-t-il connu ce genre de frère électif, à la vie à la mort, avec lequel on construit une cabane dans un arbre comme un rempart contre l’injustice du monde ? C’est cela que raconte ce premier long métrage ancré dans les souvenirs, avant que ne coule le sang. Johnny, le mauvais garçon, le Robin des bois, aussi, de Rochebrune, petite commune qui se meurt en même temps que son usine en grève, a disparu après le braquage d’un fourgon, laissant un cadavre derrière lui.
Il y a longtemps, Johnny était un gosse mal loti par la vie, fils aimant d’une maman folle, et dont le seul allié était Paul, enfant de bourgeois, mais aussi fan que lui de L’Île au trésor. Deux gamins, des serments, et puis, l’âge venant, le fossé qui grandit, comme les envies de vengeance. Paul, devenu romancier, se retrouve avec une dette à payer à Johnny, alors que le capitaine de gendarmerie en charge de l’enquête (Léa Drucker), elle non plus, n’est pas étrangère aux lieux…
Baptiste Debraux rend particulièrement dense l’ambiance à la fois dépressive et surchauffée d’une petite ville touchée par la désertification et l’horizon du chômage : rues vides, tags vindicatifs, façades décaties de magasins fermés depuis longtemps, pancartes et braseros pour réunir les derniers combattants. Très intelligemment construit à coups de flash-back qui abolissent le temps, Un homme en fuite plonge au cœur de l’amitié comme dans une légende, avec un héros hors la loi et un alter ego qui « revient », façon western. La prouesse de la mise en scène est de rendre très vivant ce Johnny presque mort, ce pirate d’une France qui se noie. Il faut dire qu’il est incarné par Pierre Lottin, parfait dès qu’il s’agit d’offrir toute l’humanité du monde à un personnage fruste et blessé. Face à lui, Bastien Bouillon vibre de remords, frère d’arme qui n’aurait pas dû déserter. Un beau film noir sur l’impossibilité de salut pour les infortunés de la sociétévoir sur GOOGLE MAP