◀◀
◀
(14 sur 25)
►
►►
Aléatoire
Continu
@@.jpg)
LES CINQ DIABLES, Lea Mysius 2022, Adele Exarchopoulos (fable moeurs)@@Aucun fichier audio disponible pour cette image.
Vicky, petite fille étrange et solitaire, peut sentir et reproduire toutes les odeurs de son choix, qu'elle collectionne dans des bocaux étiquetés. Elle a extrait en secret l'odeur de sa mère, Joanne, à qui elle voue un amour fou et exclusif. Un jour, sa tante Julia fait irruption dans leur vie.
TÉLÉRAMA
Dans une petite ville au pied des Alpes, une jeune fille à l’odorat surdéveloppé voyage dans les souvenirs de sa mère. Une fable très originale, tout aussi mentale que charnelle, qui fait peur, étonne et émeut.
Des cinq sens, n’est-ce pas l’odorat qui ravive le plus intensément nos souvenirs ? La littérature, Proust en tête, a su l’exprimer. Le cinéma, moins souvent. À l’honneur ici, ce sens sert une histoire baroque, subtile dans ses méandres, à la fois fantastique et bien ancrée au pied des Alpes. Métisse aux cheveux crépus et hirsutes, Vicky est une fillette étrange, solitaire, douée d’un sens olfactif très développé, qui prend plaisir à reproduire des senteurs, à partir de concoctions qu’elle garde dans des bocaux en verre. Les yeux bandés, elle est capable de dénicher sa mère, Joanne (Adèle Exarchopoulos), qu’elle vénère et suit partout, à des dizaines de mètres dans la forêt. Celle-ci commence d’ailleurs à s’inquiéter du don plus animal qu’humain de sa fille.
De fait, le climat d’angoisse finement distillé présage bien une flambée de violence. La fable imaginée ensemble par Léa Mysius (réalisatrice remarquée d’Ava et scénariste prisée) et Paul Guilhaume (directeur de la photographie) a ceci d’original qu’elle accorde à Vicky un superpouvoir particulier, imprégné de sorcellerie sinon de magie : son nez sensible lui permet de se projeter non dans ses propres souvenirs mais dans ceux de sa mère, quand Joanne était une jeune gymnaste et fréquentait une bande, dont Julia, une tante inconnue de Vicky. Et voilà que cette Julia réapparaît après des années, en venant s’installer dans le foyer familial. Intuitivement, l’enfant la craint et remonte le temps pour en savoir plus sur cette tante, sur ses parents, sur sa propre naissance.
De ce dérèglement temporel naissent des images, comme des flashs. Autant de pièces d’un puzzle qui, agencées ensemble, restituent des rencontres amoureuses, des jalousies, des vies contrariées. Le film, foisonnant, embrasse beaucoup de thèmes, au risque de la surcharge. Il n’en conserve pas moins, jusqu’au bout, du mystère et du suspense, les voyages dans le temps de Vicky relançant l’action au présent. À travers la mise en valeur de femmes et de personnages noirs ou métissés, Les Cinq Diables inscrit aussi, avec naturel, de la diversité au fin fond de la France. Conscience politique et poésie font ici bon ménage.
Tout en zigzags électriques, gorgée d’énergie, l’histoire comporte des allégories marquantes. Ainsi l’image de cette femme et de son enfant qui tentent de réanimer une noyée en la réchauffant. Le feu, l’air, l’eau, la terre, tous les éléments concourent à la création de sensations fortes, de vertiges liés aux parfums, mais aussi aux strates de temps qui se télescopent. L’émotion côtoie des abîmes de réflexion, comme cette question adressée, un moment par Vicky à sa mère : « Est-ce que tu m’aimais avant que j’existe ? »