![]() | 1492 Christophe Colomb, Ridley Scott 1992, Gerard Depardieu (aventue saga histoire)@@Quoique rejeté par toutes les cours d'Europe et raillé par les armateurs, Christophe Colomb en est sûr : il existe une voie occidentale pour gagner par la mer les Indes fabuleuses et en rapporter beaucoup plus rapidement les épices dont sont si friands les gourmets européens. Un armateur espagnol, Pinzón, puis le trésorier de la reine, Sanchez, et enfin la souveraine elle-même lui accordent pourtant leur confiance. TELERAMA Du bruit, du sang, de la fureur. Des langues de pendus écumantes en gros plan. Des hérétiques qui n'en finissent pas de brûler, en Dolby stéréo et en scope, sur les bûchers de l'Inquisition. Des mouvements de caméra voyants, qui fendent la foule. Et surtout, une partition musicale, mielleuse et grandiloquente, concoctée par Vangelis. On dirait l'Apocalypse revue par un faiseur de space-operas qui aurait trop vu La Horde sauvage. Ce 1492, Christophe Colomb commence mal. C'était pourtant une belle histoire : la découverte d'un nouveau continent, qui allait changer la face du monde. Ce projet fou, né de l'imagination d'un aventurier solitaire, fils d'un simple tisserand, était assez riche pour se passer des fioritures dont il est ici surchargé. Certes, le dernier-né du papa d'Alien, dans le genre cinéma illustratif, n'a pas que des défauts. Pour 44 millions de dollars, c'est la moindre des choses. Nous avons donc droit à quelques moments forts : Colomb qui expose son projet aux experts espagnols ; Colomb qui rencontre pour la première fois Isabelle de Castille, son seul vrai soutien ; le départ des trois caravelles sur les flots mordorés... Quant à l'arrivée de Colomb sur le sol du Nouveau Monde, Ridley Scott la filme comme les premiers pas des astronautes sur la Lune. C'est lourd mais l'émotion passe. Pour ces quelques instants de plaisir, combien de déceptions. La première traversée, par exemple, est décrite comme une croisière presque tranquille, alors qu'en réalité grondait la colère de l'équipage, de moins en moins rassuré par ce voyage improbable. Et puis, il y a celui pour lequel on est venu. Christophe Colomb, alias Depardieu. Il faut attendre la moitié du film pour comprendre enfin ce personnage. C'est beaucoup. Au bout d'une heure, seulement, apparaissent les failles, les contradictions de ce rêveur fou, ambitieux et obstiné. Lorsque l'Histoire bascule, lorsque les Indiens se rebellent contre une colonisation sauvage se révèle l'autre côté du rêve. Et, avec lui, un semblant d'émotion. Un semblant seulement, car l'esbroufe, les corps mutilés en gros plan, les effets tape-à-l'œil, et toujours cette musique qui tue, tout cela persiste sans faiblir. « Les plus grandes choses, disait La Bruyère, n'ont besoin que d'être dites simplement. Elles se gâtent par l'emphase. » Ridley Scott aurait dû le savoir. Et, malgré Gérard Depardieu, magnifique, on reste sur le quai et on regarde, dépités, le bateau s'éloigner, sur lequel on aurait trouvé agréable d'embarquer. Quoique rejeté par toutes les cours d'Europe et raillé par les armateurs, Christophe Colomb en est sûr : il existe une voie occidentale pour gagner par la mer les Indes fabuleuses et en rapporter beaucoup plus rapidement ... |
![]() | BANDIT, Allan Ungar 2022, Mel Gibson (policier)@En 1984, Gilbert Galvan Jr s'évade d'une prison du Michigan. L'homme, qui a derrière lui un long passé de délinquance, parvient à passer la frontière canadienne. Là, il prend un nouveau nom, Robert Whiteman, et se présente désormais comme un spécialiste de la sécurité. Tout en menant une vie parallèle rangée avec Andrea Hudson, une assistante sociale, Galvan multiplie les braquages de banques et de bijouteries dans tout le pays sans commettre la moindre violence. Ce n'est que quand il décide de s'associer avec Tommy Kay, un caïd du milieu, en espérant réaliser un gros coup, qu'il attire l'attention de John Snydes, un policier obstiné... TELERAMA Recordman du nombre de braquages consécutifs au Canada, Gilbert Galvan Jr méritait son biopic. Un petit divertissement gentiment formaté. C'est simple de braquer une banque. Vous mettez un faux nez, vous arrivez à la caisse, vous pointez un pistolet, vrai ou faux, sur la dame, vous lui demandez de remplir votre sac de billets. Pourquoi n’y a-t-on pas pensé plus tôt ? Pourquoi n’avons-nous jamais imité Gilbert Galvan Jr, recordman du nombre de braquages consécutifs au Canada (cinquante-neuf), dont Bandit est le biopic ? Dans ce film, qui nous parvient directement à la télé sans être passé par nos salles, il est un grand enfant qui aime se déguiser et faire des farces. Longtemps tout se passe à merveille, on s’amuse bien. Mais l’on sait qu’il y a toujours une maîtresse à chignon pour sonner la fin de la récréation, c’est inévitable. En l’occurrence, les maîtresses à chignon sont des policiers. Subversif ? Non. Ce film est un divertissement bon marché, joli, assez drôle, convenu et formaté. Obsédé par l’idée d’être ludique, sympa et agréable, le réalisateur Allan Ungar a au moins l’honnêteté de ne jamais nous faire croire qu’il vise l’intelligence. L’idée n’est pas d’explorer le mensonge au sein d’un couple, la duplicité, le malaise identitaire d’un homme instable. Il s’agit simplement de gentiment divertir, et donc de faire du spectaculaire avec douceur : empiler les braquages rigolos. Les personnages, par conséquent, sont tous formidablement inconsistants, et l’on se surprend à éprouver de la compassion pour Mel Gibson, qui est coincé dans quelques scènes. En 1984, Gilbert Galvan Jr s'évade d'une prison du Michigan. L'homme, qui a derrière lui un long passé de délinquance, parvient à passer la frontière canadienne. Là, il prend un nouveau nom, ... |
![]() | COMME UN LUNDI, Ryo Takebayashi 2023, Makita Sports, Wan Marui (satire publicite)@Un groupe de collègues d'une agence de publicité découvre qu'ils sont tous piégés dans une boucle temporelle d'une semaine. Alors que leurs souvenirs se réinitialisent chaque semaine, ils doivent trouver un moyen de se rappeler le phénomène et de trouver un moyen de sortir de la boucle. TELERAMA Une satire très convenue, ni vraiment drôle ni vertigineuse. Une petite agence de publicité, où toute l’équipe et le patron travaillent dans le même open space. Un jour, deux employés sont convaincus, à raison, que l’ensemble du bureau est enfermé dans une boucle temporelle : chaque lundi, tout se répète exactement de la même manière que la semaine précédente… On aura reconnu le principe fondateur d’Un jour sans fin (Harold Ramis), film cité, d’ailleurs, dans un dialogue, mais aussi certaines situations de la série The Office. Las, Comme un lundi est très en deçà de ses modèles. Hors de quelques éléments éclairant la culture de l’entreprise nippone, cette satire convenue de l’aliénation au travail, qui vante une forme d’épanouissement individuel pour mieux servir le collectif, s’avère pauvre en gags et monotone. Comme si le film était piégé par son dispositif même. Un groupe de collègues d'une agence de publicité découvre qu'ils sont tous piégés dans une boucle temporelle d'une semaine. Alors que leurs souvenirs se réinitialisent chaque semaine, ils doivent tr ... |
![]() | FATAL, Michaël Youn 2009, Michaël Youn, Stéphane Rousseau (musical)@Le rappeur bling-bling et hardcore Fatal Bazooka a vendu quinze millions de disques. Ses fans écoutent sa musique, il a déjà produit des dizaines de tubes et est devenu une star incontestée et incontournable du rap. La vie sourit de toutes ses dents en or à Fatal Bazooka, en apparence du moins. Parce que la réalité s'avère bien moins rose. Le rappeur se pose des questions existentielles, se demande d'où il vient et où il va. Pour mieux vendre sa musique, Fatal a fait croire qu'il était né dans un ghetto alors qu'il vient d'un paisible petit village de Savoie. Mais une enfance heureuse au beau milieu des Alpes, auprès de parents aimants, n'a jamais fait rêver les fans de rap... TELERAMA Premier film de Michaël Youn cinéaste, qui reprend son personnage de Fatal Bazooka, rappeur bling-bling... Au final, une caricature du milieu et de lui-même assez juste. Michaël Youn est un acteur calamiteux. Les spectateurs d'Iznogoud en savent quelque chose. Reconnaissons-lui au moins une certaine constance : il joue toujours aussi mal dans Fatal, son premier film en tant que réalisateur. Il y reprend son personnage de Fatal Bazooka, caricature de rappeur bling-bling — à faire passer P. Diddy pour un mormon. Mais le pitre du Morning live a toujours été un pro du gag. Et Fatal débite des gags sur un rythme effréné. Du gras et du moins gras, l'essentiel étant de tenir une heure et demie à fond. (Bon) morceau choisi : le héros est marié à une cruche blonde du nom d'Athena Novotel, clone franchouillard de Paris Hilton. Satire dans tous les sens : le gangsta rap, la télé trash, l'humanitaire people, voire Michaël « Fous ta cagoule » Youn lui-même (et ses 500 000 exemplaires vendus)... Masochiste comme ces enfants qui cassent leurs propres jouets en riant, Youn accepte même de se faire voler la vedette (dans le scénario et sur l'écran) par un minet de « l'électro-bio », interprété avec un vrai talent burlesque par Stéphane Rousseau. Pas si con, donc... Le rappeur bling-bling et hardcore Fatal Bazooka a vendu quinze millions de disques. Ses fans écoutent sa musique, il a déjà produit des dizaines de tubes et est devenu une star incontestée et incontournable du r ... |
![]() | ILS SONT VIVANTS, Jérémie Elkaïm 2021, Marina Foïs, Seear Kohi (sentimental)@@Veuve depuis peu, Béatrice vit avec son fils et sa mère. Sa rencontre avec Mokhtar, enseignant iranien arrivé clandestinement en Europe, va bouleverser son quotidien et ses convictions. Par amour pour lui, elle va devoir défier les préjugés de son entourage et les lois de son pays. TELERAMA Jérémie Elkaïm livre un drame politique et passionnel vibrant de vérité et de sensualité, porté par une formidable Marina Foïs. Malgré ses pulls en angora rose ou à motifs de colombes, Béatrice n’a rien d’une femme douce. Loin de s’attendrir sur le malheur des autres, cette veuve depuis peu d’un policier de tendance extrême droite tient les mêmes propos racistes que tous ses proches. Une nuit, au sortir d’un hôpital de Calais où elle travaille comme aide-soignante dans un service de gériatrie, elle est accostée par un jeune migrant perdu loin de la Jungle. Elle accepte à contrecœur de l’y raccompagner. Dès le lendemain, la voilà en train de donner les vêtements de son mari aux bénévoles du camp, mais en maugréant : « Je torche des vieux toutes les nuits, ce n’est pas pour aider des Noirs et des Arabes dans la journée. » Et pourtant, Béatrice revient, comme ennivrée par ce monde inconnu de misère et d’entraide. Ce monde empli de drames, mais si vivant. Sa rencontre avec Mokhtar, clandestin iranien décidé à passer à Angleterre, va la mener très loin, bouleversant son corps et ses préjugés... Un drame passionnel lumineux Pour son premier long métrage en tant que réalisateur, Jérémie Elkaïm adapte le livre témoignage de Béatrice Huret, Calais, mon amour, et en tire ce film, d’une force et d’un réalisme impressionnants sur une révélation charnelle. On sent la patte de son coscénariste Gilles Marchand (coauteur, entre autres, de Seules les bêtes, de Dominik Moll) dans le refus du moindre angélisme et la précision politique d’un scénario où la sensualité devient une porte d’accès vers l’altruisme : Béatrice s’émancipe peu à peu de son milieu, mais elle cherche aussi à le changer, par amour pour l’homme qui la révèle à elle-même. Si le film met l’idéologie au cœur du quotidien dans des scènes de famille et de repas, toutes crédibles, Ils sont vivants est avant tout un drame passionnel lumineux. Jérémie Elkaïm impressionne avec des séquences d’amour physique qu’il axe, dans un mélange rare d’audace et d’élégance, sur le plaisir féminin. Et sur le langage. Béatrice et Mokhtar ne parlent pas la même langue ? Le réalisateur les filme, magnifique idée, en train de communiquer par le biais d’une application de traduction simultanée sur téléphone portable ou écran d’ordinateur projeté au-dessus de leur couche d’amants. Pour porter cette histoire d’un engagement au-delà de toutes les frontières, il fallait le corps d’une grande actrice. Visage buté, muscles tendus dans le plaisir comme le combat pour la liberté de cet autre tant aimé, Marina Foïs compose une Béatrice complexe, jamais mièvre, surprise et presque rétive devant sa propre métamorphose. L’incarnation parfaite d’une femme dure qui devient forte. Veuve depuis peu, Béatrice vit avec son fils et sa mère. Sa rencontre avec Mokhtar, enseignant iranien arrivé clandestinement en Europe, va bouleverser son quotidien et ses convictions. Par amour pour lui, elle va devoi ... |
![]() | JANE, Julian Jarrold 2007, Anne Hathaway, Maggie Smith, Julie Walter (biopic)@Angleterre, 1795. La jeune Jane Austen habite une modeste demeure de l'Hampshire avec ses parents, dont la situation financière est des plus délicates. Sa mère aimerait d'ailleurs la voir épouser Wisley, qui, en tant que futur héritier de Lady Gresham, pourrait lui assurer un avenir confortable. Jane, elle, rêve de vivre de sa passion, l'écriture, et n'envisage de se marier que par amour. TELERAMA La vie et les amours (plus ou moins authentiques) de la romancière Jane Austen, à l’orée du XIXe siècle. De jolis costumes et de jolis plans sur la campagne anglaise. L’ironique auteur d’“Orgueil et préjugés” méritait sans doute mieux. Pas un illustre personnage qui échappe à sa bio sur grand écran. Si d’aventure, vissé(e) à ses manuscrits, il ou elle a vécu une existence trop pépère, on se charge de la pimenter. Ainsi pour Jane Austen, demoiselle de bonne famille, jolie (d’après le seul portrait connu), espiègle et avisée, vivant dans l’Angleterre prévictorienne, et surtout auteur de quelques romans majeurs (entre autres, Orgueil et préjugés et Raison et sentiments, récits de mariage baignés d’acide ironie). Au cinéma, tout cela offre une tranquille garantie de succès : beaux costumes et campagne verdoyante, plus la frimousse d’une actrice qui monte (ici Anne Le diable s’habille en Prada Hathaway). Seul hic : la belle Jane, si douée pour caser ses héroïnes, ne s’est, elle, jamais mariée, jamais liée. Rien, nada, ceinture. Qu’importe, le film dégote l’indispensable soupirant caché : un certain Tom Lefroy, avec lequel Jane Austen a partagé quelques danses aux alentours de Noël 1795. Dans le film, cette vague rencontre se mue en passion contrariée. Seul le supposé amoureux, que joue le magnétique James McAvoy (remarqué dans Le Dernier Roi d’Ecosse), apporte un peu d’air frais dans la bonbonnière. Parce que transformer la vie de Jane en roman d’Austen n’est pas à la portée de n’importe qui : la copie n’a ni le talent caustique ni la finesse d’évocation de l’original. Angleterre, 1795. La jeune Jane Austen habite une modeste demeure de l'Hampshire avec ses parents, dont la situation financière est des plus délicates. Sa mère aimerait d'ailleurs la voir épouser Wisley, qui, en ... |
![]() | LA BAULE LES PINS, Diane Kurys 1990, Benjamin Sacks, Nathalie Baye (societe)@Durant l'été 1958, comme d'habitude, Frédérique, 13 ans, et Sophie, 6 ans, partent en vacances à La Baule rejoindre leur oncle Léon, leur tante Bella et leurs petits-cousins. Cette année cependant, Léna, leur mère, leur annonce qu'elle viendra plus tard. En fait, rien ne va plus entre Michel, son mari, et elle. La jeune femme, amoureuse de Jean-Claude, un artiste, aimerait divorcer. Celui-ci rejoint Léna dès son arrivée et la retrouve tous les soirs sur la plage. Les vacances se déroulent sans histoire, entre les bêtises et les premiers émois sentimentaux des adolescentes, jusqu'à l'arrivée de Michel. Sophie, à qui sa mère a annoncé son intention de demander le divorce, se confie à son journal intime, tandis que Frédérique menace de se suicider... TELERAMA Dans une atmosphère de vacances d’été un peu rétro, l’histoire d’une femme qui veut rompre avec les traditions et avec son mari. Les comédiens sont excellents, mais le tableau d’ensemble fait carte postale. Comme chaque année, les deux petites Korski, Frédérique et Sophie, passent les vacances à La Baule. Baignades, châteaux de sable... En apparence, rien de nouveau sous le soleil de cet été 1958. En fait, Léna, leur mère, veut divorcer... Diane Kurys renoue une troisième fois avec ses souvenirs, et choisit de balader son humeur autobiographique dans une époque intermédiaire, celle du divorce de ses parents. Elle dépoussière soigneusement les accessoires de la nostalgie fifties option bains de mer. Le film se réduit bien souvent, hélas, à ce charmant inventaire de brocanteur. Richard Berry et Nathalie Baye s'affrontent sans nuances ni conviction, leurs « filles » ne sont que de mignonnes caricatures d'enfants. Seul Jean-Pierre Bacri éclate de talent et de naturel, dans cette sieste cotonneuse sous les pins. Durant l'été 1958, comme d'habitude, Frédérique, 13 ans, et Sophie, 6 ans, partent en vacances à La Baule rejoindre leur oncle Léon, leur tante Bella et leurs petits-cousins. Cette année cepe ... |
![]() | LE SENS DE LA FAMILLE, Jean-Patrick Benes 2020, Alexandra Lamy, Franck Dubosc (comique)@Chez les Morel, on se chamaille beaucoup et pour n'importe quoi. Se rendre dans un parc d'attractions devrait être festif mais, même cela finit en disputes ! Alors que chacun voudrait vivre au sein d'une autre famille, un évènement extraordinaire va bouleverser leur vie. Un matin, Alain, le père, Sophie, la mère et les enfants découvrent que l'esprit de chacun est coincé dans le corps d'un autre membre de la famille ! Chacha, 6 ans, est dans le corps de Papa, Papa dans la peau de son ado de fils, le fils a endossé le corps de la grande soeur, celle-ci celui de leur mère, et la mère a pris la place de la petite Chacha. Les ennuis ne vont pas tarder à s'enchaîner... TELERAMA Un matin, au sein d’une famille, l’esprit de chacun se retrouve coincé dans le corps d’un autre membre. Une intrigue poussive avec, quand même, quelques gags savoureux. Les Morel (le père, la mère et les trois enfants) sont dans la panade. Après une virée au parc d’attractions, chacun se retrouve coincé dans le corps d’un autre membre de la famille. Papa suce son pouce et Chacha, 6 ans, fume clope sur clope… Un air de déjà-vu flotte sur cette comédie consensuelle, qui étire les situations de manière poussive. Restent quelques gags percutants et des acteurs qui s’en donnent à cœur joie. Chez les Morel, on se chamaille beaucoup et pour n'importe quoi. Se rendre dans un parc d'attractions devrait être festif mais, même cela finit en disputes ! Alors que chacun voudrait vivre au sein d'une autre famille, un &eacut ... |
![]() | LE TABLEAU VOLE, Pascal Bonitzer 2024, Alex Lutz, Léa Drucker thriller)@@@Un jour, le tableau Soleil d'automne d'Egon Schiele, depuis longtemps disparu, est retrouvé chez un jeune ouvrier de Mulhouse. Volé par les nazis à un collectionneur juif viennois dans les années 1940, l'oeuvre vaut maintenant plusieurs millions d'euros. TELERAMA Manigances et sentiments autour d’une toile vendue aux enchères : le marché de l’art raconté avec verve et précision. Dans Tout de suite maintenant (2015), Pascal Bonitzer explorait les coulisses peu reluisantes de la haute finance en suivant les premiers pas d’une jeune analyste dans un cabinet de consultants huppé. Dans son nouveau film, la découverte du marché de l’art, autre milieu professionnel prisé par les ultra-riches, s’effectue également à travers le regard d’une débutante. Aurore (Louise Chevillotte, troublante en menteuse invétérée) est stagiaire dans la filiale parisienne d’une société de vente aux enchères internationales. Son patron, le cassant André Masson, « comme le peintre », précise-t-il (Alex Lutz, qui parvient à être aussi odieux qu’attachant), lui apprend les ficelles d’un métier où les apparences priment, où la beauté esthétique des œuvres n’est que secondaire par rapport à la valeur marchande et où les clients, aussi odieux soient-ils, sont rois — savoureuse séquence prégénérique où Marisa Borini fait le show en millionnaire raciste. Bonitzer excelle, une fois de plus, à décrire en quelques répliques vives la cruauté d’une caste de privilégiés. Derrière la façade respectable et les conversations policées, tous les coups y sont permis pour gagner de l’argent ou asseoir son pouvoir. Mais, pour la première fois dans son cinéma, le réalisateur de Rien sur Robert confronte cet univers de nantis à celui des gens de peu. Un tableau va ainsi rapprocher, du moins temporairement, ces deux mondes étanches. L’histoire, presque miraculeuse, s’inspire de faits réels qui se sont déroulés il y a près de vingt ans. Une toile d’Egon Schiele représentant des tournesols a été découverte chez Martin, un jeune ouvrier chimiste de Mulhouse. L’œuvre était portée disparue depuis 1939, après avoir été spoliée à un collectionneur juif. André est chargé de la vente aux enchères qui pourrait rapporter au moins 12 millions d’euros aux héritiers américains du propriétaire, lesquels ont proposé d’en rétrocéder 10 % à Martin… Belle galerie de personnages Entre le cadre supérieur aux costumes taillés sur mesure et le modeste « nuitard » qui vit toujours chez maman à 30 ans, entre le cynique apparent et le pur qui ne veut pas s’enrichir sur le malheur des autres, le fossé semble infranchissable. Et pourtant… Bonitzer établit un parallèle discret entre les deux hommes, tous deux victimes d’humiliations dans leur jeunesse — sociale pour André, qui a puisé dans cette vexation son ambition, amoureuse pour Martin, qui semble, lui, avoir rapidement digéré l’affront. Autour d’eux gravitent de nombreux et beaux personnages, qui n’ont besoin que de quelques scènes pour exister avec force, de la mère au franc-parler de Martin (Laurence Côte, irrésistible) à son avocate bienveillante (Nora Hamzawi, toujours juste) en passant par le père très aimant d’Aurore (Alain Chamfort, décidément formidable comédien). Bonitzer est un portraitiste hors pair, capable d’exprimer un caractère par un simple détail — comme le goût du bain, manifesté à plusieurs reprises par Bertina (Léa Drucker), l’ex-épouse d’André restée sa complice. Malgré le pari, nouveau pour lui, de changer souvent de points de vue dans son récit, le réalisateur parvient, comme dans Tout de suite maintenant, à concilier précision du trait, efficacité narrative (Le tableau volé est concis, fluide, rapide) et ampleur romanesque. Avec toujours un goût affirmé pour l’humour piquant mais, aussi, une émotion davantage assumée. Un jour, le tableau Soleil d'automne d'Egon Schiele, depuis longtemps disparu, est retrouvé chez un jeune ouvrier de Mulhouse. Volé par les nazis à un collectionneur juif viennois dans les années 1940, l'oeuvre v ... |
![]() | LES ALGUES VERTES, Pierre Jolivet 2023(documentaire environnement)@@À la suite de morts suspectes, Inès Léraud, jeune journaliste, décide de s'installer en Bretagne pour enquêter sur le phénomène des algues vertes. À travers ses rencontres, elle découvre la fabrique du silence qui entoure ce désastre écologique et social. Elle va alors tenter de faire triompher la vérité. TELERAMA Pierre Jolivet s’empare d’un scandale agroalimentaire en Bretagne et signe le portrait sensible d’une femme engagée, dans une fiction inégale mais utile. Journaliste indépendante et lanceuse d’alerte, Inès Léraud s’est fait connaître des auditeurs de France Culture en 2016 avec son Journal breton, diffusé dans l’émission Les pieds sur terre. Elle y dénonçait, entre autres, les ravages de l’élevage porcin industriel en Bretagne et « la fabrique du silence » orchestrée par les élus locaux et les syndicats agricoles pour en dissimuler les conséquences dramatiques sur l’environnement. La question spécifique des algues vertes a ensuite fait l’objet d’une bande dessinée à succès, cosignée avec Pierre Van Hove, et vendue à cent trente mille exemplaires. Réalisateur engagé, Pierre Jolivet a, quant à lui, choisi la fiction pour raconter, caméra à l’épaule, les coulisses d’une « histoire interdite » (sous-titre de la BD d’origine) et surtout rendre hommage aux différents protagonistes de l’affaire. Aux militants bretons, aux victimes, aux petites gens, mais aussi à Inès Léraud elle-même (ici coscénariste), incarnée avec douceur et détermination par Céline Sallette. Le film-dossier, solide mais aux enjeux narratifs un peu minces quand on connaît déjà l’affaire, se double d’un délicat portrait de femme et d’un sincère coup de chapeau au journalisme d’investigation. À la suite de morts suspectes, Inès Léraud, jeune journaliste, décide de s'installer en Bretagne pour enquêter sur le phénomène des algues vertes. À travers ses rencontres, elle d&eacut ... |
![]() | LES RIVIERES POURPRE 2, Olivier Dahan 2004, Jean Reno, Benoît Magimel (thriller science fiction)@@Le commissaire Niemans mène l'enquête pour élucider une terrifiante affaire: celle d'un homme retrouvé emmuré dans un monastère de Lorraine. Plus loin, le capitaine Reda, qui fut autrefois son élève, découvre un illuminé, sosie du Christ, à moitié mort au pied d'une église. TELERAMA Un sosie du Christ est poignardé par des moines noirs, et un trésor d’anciens nazis… La réalisation fait son effet, jeune et pas prise de tête. On s’amuse. Les Rivières pourpres, c’est le rouleau compresseur du film d’action bien de chez nous. Il y a une surprise quand même : du numéro 1, signé Mathieu Kassovitz, à ce numéro 2, piloté par Olivier Dahan (avant La Môme), la qualité s’est améliorée. L’action se dépayse du côté de la Meuse, et croise la ligne Maginot avec une piste biblique. On assassine un Pierre, un Simon, un Thomas : les apôtres ont du souci à se faire… Même s’il tourne à l’embrouille confuse, le scénario a un côté série B qui n’est pas déplaisant. Et, dans le rôle du flic new look, Benoît Magimel remplace avantageusement Vincent Cassel. Avec ça, Olivier Dahan ne faillit pas à sa mission d’accommoder le thriller à la sauce de son temps. Inspirée du clip et du cinéma américain, sa mise en scène est tout en rythme, en vitesse, en mouvements et en enchaînements. Rien n’accroche. Au risque qu’il ne reste, finalement, qu’un vague sentiment d’inconsistance. Le commissaire Niemans mène l'enquête pour élucider une terrifiante affaire: celle d'un homme retrouvé emmuré dans un monastère de Lorraine. Plus loin, le capitaine Reda, qui fut autrefois son &eacut ... |
![]() | NETWORK, Sidney Lumet 1977, Peter Finch, Faye Dunaway, William Holden (societe presse)@@@Parce que sa cote de popularité est en baisse, Howard Beale, présentateur vedette de la chaîne UBS, est brutalement licencié. Dans son avant-dernière émission, il annonce son intention de se suicider en direct. Sentant qu'il n'a plus rien à perdre, il dénonce ses employeurs et reconnaît avoir menti aux téléspectateurs tout au long de sa carrière. Il affirme aussi qu'il déteste la société, fondée sur le vice et la corruption. Ses propos bouleversent l'Amérique tout entière. Sa cote remonte en flèche. Diana Christenson, responsable ambitieuse des feuilletons produits par la chaîne, comprend immédiatement quel profit elle peut tirer de cette situation imprévue... TELERAMA Un présentateur promet de se suicider en direct. L’audience grimpe… En 1976, Lumet dit déjà tout de la télé-réalité avec une intelligence et une causticité rares. Howard Beale (Peter Finch), quinquagénaire usé, est licencié. Il ne présentera plus le JT. Sous le choc, il promet aux téléspectateurs de se suicider à l’antenne. D’un coup, l’audience remonte. Plus il perd la raison, plus la responsable de la programmation est aux anges : l’émission va casser la baraque. Le directeur de l’information est écœuré… Dans Un après-midi de chien, Sidney Lumet désignait d’un doigt dégoûté une télé charognarde, friande de héros d’un jour. Un an après, avec Network, histoire pas si improbable du premier présentateur mort à cause d’un mauvais Audimat, il pénétrait au cœur de cette mécanique médiatique qui « tue tout ce qu’elle touche » 1. Lumet le moraliste dépeint dans le moindre détail un univers où on cite des chiffres, on guette des indices de satisfaction, on vend de la sensation pour satisfaire des groupes financiers qui se prennent pour des divinités. Zéro sentiment. En privé, c’est pareil, on devient un humanoïde. Quand Diana met fin à sa liaison avec Max comme on change une grille de programmes (magnifique scène de rupture), lui, le dinosaure qui croit encore à l’éthique et à l’amour, l’accable : « Tu es la télé incarnée. » Diana reste lisse, désirable, implacable, capable de tout, surtout du pire… Cinquante ans après, ce passionnant pamphlet de Sidney Lumet n’a rien perdu de sa force. Parce que sa cote de popularité est en baisse, Howard Beale, présentateur vedette de la chaîne UBS, est brutalement licencié. Dans son avant-dernière émission, il annonce son intention de se suicider ... |
![]() | SEXYGENAIRES, Robin Sykes 2023, Thierry Lhermitte, Patrick Timsit (comique)@À soixante ans passés, Michel, propriétaire d'un grand hôtel en proie à des difficultés financières, apprend que son vieil ami et associé Denis a revendu le bar qu'ils possèdent tous les deux à Paris pour devenir mannequin senior dans des publicités. Alors qu'il assiste à une séance photo de Denis, Michel, encore bel homme, est repéré par Marion, travaillant pour une agence, qui lui propose de devenir modèle. Y voyant l'opportunité d'éponger ses dettes, Michel accepte. TELERAMA Deux sexagénaires endettés, joués par Thierry Lhermitte et Patrick Timsit, louvoient dans le milieu du mannequinat senior. Une comédie malhabile de Robin Sykes pleine de réflexions misogynes d’un autre âge. Patrick Timsit et Thierry Lhermitte enquillent les blagues à la papa qui n’amusent qu’eux. Photo Marie-Camille Orlando et Manuel Moutier - 24 25 Films Après un premier long métrage quelconque (La Finale, 2018), Robin Sykes ne fait ni mieux ni pire avec Sexygénaires. Un patron d’hôtel (Thierry Lhermitte) navigue entre Bandol, sur la Côte d’Azur, et Paris, en quête de liquidités auprès d’un ancien associé sur la paille (Patrick Timsit). Les voilà partageant, de nouveau, une activité commune, à savoir poser / tourner dans des publicités médicales (pour Timsit) ou de produits de luxe (pour Lhermitte), à destination des baby-boomers – également public cible du film. Ne pas attendre une réflexion « méta » sur le vieillissement du tandem d’Un Indien dans la ville (Hervé Palud, 1994). Sexygénaires est juste saupoudré de thématiques sociales dans l’air du temps : nécessité de la retraite, difficultés financières post-Covid de l’hôtellerie-restauration et, la plus développée, mannequinat senior. Vaguement moderne, le film cherche à prendre le contrepied d’un certain « jeunisme » puritain qui tendrait à cacher les corps abîmés par l’âge. En adoptant, lui-même, un format vieille école : le réalisateur dit s’être inspiré des comédies de Michel Blanc, façon Marche à l’ombre (1984). L’intérêt de cette écriture à l’ancienne, ce sont les seconds rôles saillants, comme le bras droit qui maintient l’hôtel à flot, joué par Grégoire Oestermann, ou la responsable d’une agence de mannequins, incarnée par Zineb Triki (alias Nadia El Mansour dans Le Bureau des légendes). Le revers, ce sont les réflexes patriarcaux d’une autre époque, à l’image des blagues misogynes du héros interprété par Patrick Timsit. Surtout, en ne respectant pas la parité – la riche divorcée jouée par Marie Bunel reste la seule « sexygénaire » féminine –, le film laisse malhabilement penser que la vieillesse désirable est l’apanage des hommes. À soixante ans passés, Michel, propriétaire d'un grand hôtel en proie à des difficultés financières, apprend que son vieil ami et associé Denis a revendu le bar qu'ils possèdent ... |
![]() | SUR LA BRANCHE, Marie Garel-Weiss 2023, Daphné Patakia, Benoit Poelvoorde, Agnes Jaoui (comique)@@Mimi a presque trente ans et rêve toujours à ce qu'elle pourrait faire quand elle sera grande. Alors qu'elle se décide à chercher du travail, elle fait la connaissance de Paul, un avocat sur la touche. Ensemble, ils vont tenter de défendre Christophe, un petit arnaqueur qui clame son innocence. Si Paul voit dans cette affaire un moyen de se refaire, Mimi y voit, elle, une mission, un chemin vers la justice et la vérité. TELERAMA Deux hurluberlus, incarnés par Daphné Patakia et Benoît Poelvoorde, s’associent au nom de la justice... Un film sympathique et plein de fantaisie porté par son tandem comique. Elle est un peu suspendue, Mimi. En fait, non, soyons francs, cette jeune femme de presque 30 ans souffre de réels problèmes psychologiques. Ce qui ne l’empêche pas de vouloir devenir avocate et mettre son énergie et son intelligence au service d’autrui. S’incrustant dans le cabinet de Claire (Agnès Jaoui, parfaite en femme forte au bord de la crise de nerfs), elle fait la connaissance de l’ex-compagnon et confrère de celle-ci, Paul, qui passe dorénavant ses journées en robe de chambre en attendant d’être rayé du barreau. Quand un séduisant voyou demande de l’aide à Mimi, la délicieuse dingote prend le dossier très au sérieux, entraînant Paul dans son sillage… Le déséquilibre peut devenir un beau ressort de comédie, et c’est le cas dans ce film d’enquête plein de fantaisie, où il s’agit de s’appuyer sur plus chancelant que soi. Sous la lumière éclatante de Jeanne Lapoirie, et dans une mise en scène alerte qui volette de bureaux encombrés en bord de mer surpeuplé de mouettes, Marie Garel-Weiss, repérée pour son premier long métrage, La fête est finie, forme un singulier duo de comédie, rappelant la manière de Pierre Salvadori (En liberté !). Elle jette un regard à la fois tendre et acide sur les décalés, ceux qui marchent à côté de leurs pompes, et écrasent, au passage, les pieds du voisin. Benoît Poelvoorde, dont le tempo de comédie n’avait pas été aussi bien cadré depuis longtemps, est irrésistible en vieux héron qui se remplume et reprend goût à la justice. Mais le moteur du film est Daphné Patakia, dont le charme éberlué était déjà un des atouts de la série Ovni(s) : avec sa coupe à la Shirley MacLaine et ses yeux gigantesques, écarquillés devant le monde, elle compose un personnage hors cadre : une fille qui mériterait peut-être d’être enfermée mais qui rend la vie nettement plus intéressante quand elle est en liberté. Mimi a presque trente ans et rêve toujours à ce qu'elle pourrait faire quand elle sera grande. Alors qu'elle se décide à chercher du travail, elle fait la connaissance de Paul, un avocat sur la touche. Ensemble, i ... |