Sidonie se rend au Japon à l'occasion de la ressortie de son best-seller. Malgré le dévouement de son éditeur japonais avec qui elle découvre les traditions du pays, elle perd peu à peu ses repères, surtout lorsqu'elle se retrouve nez à nez avec son mari, disparu depuis plusieurs années.
TELERAMA
Sidonie, une écrivaine française, découvre le Japon aux côtés de son éditeur, et retrouve le fantôme d’un être cher. Un récit poétique, délicat et parfois burlesque sur le deuil porté par une Isabelle Huppert sans fard.
Le titre malicieux pourrait évoquer un album jeunesse. Sidonie trottine du reste comme une enfant mutine et le début du film distille quelques notes légères de burlesque. Écrivaine française de talent invitée à Osaka pour la réédition de son premier livre, Sidonie part à reculons. Elle tarde volontairement à arriver à l’aéroport et semble fort désappointée lorsqu’on lui annonce que son avion a trois heures de retard.
La voilà donc obligée d’obéir à son destin et d’atterrir au pays du Soleil-Levant, où l’accueille Kenzo Mizoguchi (sic), son éditeur. Celui-ci est dévoué mais peu disert, rigoriste quant aux protocoles à suivre. Pour ce regard tendre et amusé sur les spécificités culturelles nippones, Lost in Translation, de Sofia Coppola, revient immanquablement à l’esprit. Cette parenté semble même constituer un matériau de départ ludique. À partir duquel la réalisatrice va tisser autre chose.
Si la part de cocasserie ne s’évanouit jamais tout à fait, ce troisième long métrage d’Élise Girard (Drôles d’oiseaux) se fait malgré tout plus mélancolique, sinon funèbre, au fil des séquences. En répondant aux questions des journalistes pétris d’admiration, Sidonie s’épanche. On en apprend alors davantage sur l’origine de son écriture. Des drames successifs l’ont marquée et ont fait d’elle une survivante. C’est un trait commun, « un pays secret » partagé avec son éditeur, qui l’accompagne un peu partout, lui fait visiter des temples, la tombe de Jun’ichirō Tanizaki et d’autres sites, à Kyoto ou sur l’île de Naoshima. Mais tandis qu’ils font davantage connaissance en flânant, le fantôme d’une personne chère à Sidonie fait son apparition. Une fois, puis régulièrement, le défunt vient la visiter dans sa chambre d’hôtel. Il est paisible, si rassurant que Sidonie commence un échange avec lui.
Isabelle Huppert filmée de très près
C’était un pari, ce fantôme qui s’invite tranquillement. Pari remporté avec naturel et élégance. Dans l’univers de transparence du film, le visible et l’invisible, la veille et le sommeil coexistent et ont tendance à se confondre. Le voyage est dépaysant pour Sidonie, qui se déplace comme en rêve, le mouvement des trajets en voiture ou en train ayant toujours quelque chose d’un bercement. L’alternance des silences et des longues confidences, le chagrin et l’éveil, le défilé des cerisiers en fleurs, tout concourt à un poème minimaliste, sur le deuil et la possible renaissance.
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Toute fiction, on le sait, est un documentaire sur ses acteurs. C’est particulièrement vrai ici. Cela faisait longtemps qu’on n’avait pas vu Isabelle Huppert ainsi, d’aussi près, de manière aussi intime. Ses cheveux, ses taches de rousseur, sa peau nue, ses mains. Tactile, voilà peut-être la qualité première de ce film où le « rien » évoqué à deux reprises, le manque de consistance de l’existence sont peu à peu compensés par la sensation retrouvée du toucher et de la caresse. Les travellings doux qui ponctuent régulièrement le film y contribuent. Éclôt aussi un zoom très lent, vers une femme qui raconte et un homme qui écoute, tous deux assis sur un banc, dans un parc. Belle approche, enveloppante comme le début d’une étreinte.