WOMEN TALKING, Sarah Polley 2022, Rooney Mara, Claire Foy (religion)@@
Les femmes d'une communauté religieuse isolée tentent de concilier leur réalité avec leur foi. Elles se rassemblent pour trouver un moyen d'aller de l'avant ensemble afin de bâtir un monde meilleur pour elles-mêmes et leurs enfants. Se battre ou partir ? Elles ne resteront pas les bras croisés.
TELERAMA
Dans une communauté religieuse américaine, les femmes se rebellent. Une fiction qui pèche par excès d’intentions et de symboles.
Àl’origine il y a une histoire vraie, l’un de ces faits divers qui font désespérer des hommes. Entre 2005 et 2009, plus de cent cinquante fillettes et femmes d’une communauté mennonite de Bolivie ont subi des viols nocturnes. Membres de cette mouvance protestante fondamentaliste, leurs agresseurs les droguaient à l’aide d’anesthésiant vétérinaire, moyennant quoi les victimes, âgées de 3 à 65 ans, se réveillaient le corps meurtri mais la mémoire floue. En 2018, la Canadienne Miriam Toews, elle-même née au sein d’une famille mennonite, en a tiré un roman, Women Talking (Ce qu’elles disent), dont sa compatriote l’actrice et réalisatrice Sarah Polley (Loin d’elle) signe une adaptation transposée aux États-Unis.
Des femmes qui parlent : le programme du livre reste celui du film, qui débute après l’élucidation des crimes. Les hommes, partis à la ville, ne vont pas tarder à regagner la ferme. Elles ont donc quelques heures pour trancher : rester et pardonner, rester et se battre ou fuir ? Rassemblée dans une grange, une poignée d’entre elles débattent, tandis que l’instituteur, un doux, un civilisé, fait office de greffier – aucune ne sait lire ni écrire, pourquoi éduquerait-on des filles ? Dans ce huis clos intergénérationnel, Ona (Rooney Mara), Mariche (Jessie Buckley), Salome (Claire Foy) et les autres confrontent idées et souvenirs, douleur et espoirs, réfléchissant à leur possible libération dans une sororité non dénuée de rosserie.
Théâtral, didactique, le résultat évoque une synthèse entre Douze Hommes en colère et une réunion MLF d’obédience chrétienne. Produite par Frances McDormand, qui fait une apparition en duègne revêche, cette fiction nommée à l’Oscar 2023 du meilleur film intéresse par son ambition même si elle pèche par excès d’intentions, de symboles, de voix off, de joliesse. Pour échapper parfois à son dispositif, au lieu d’en épouser radicalement l’austérité, Sarah Polley laisse la caméra s’égailler parmi les enfants dans une nature malickienne ou suivre deux jeunes amies à la rencontre d’un agent du recensement – l’occasion de découvrir en quelle année on se trouve. Les questions brassées par l’émouvant chœur d’actrices résument en tout cas les enjeux du féminisme à travers le temps, comme un cours de rattrapage en accéléré.