BLACK SWAN, Darren Aronofsky 2011, Natalie Portman, Vincent Cassel, Mila Kunis (musical danse)@@@
Thomas Leroy, le directeur du New York City Ballet, est à la recherche d'une nouvelle danseuse étoile depuis qu'il a décidé de se passer des services de la titulaire, Beth. Nina, depuis longtemps membre de la troupe, pense que son heure est venue. Une rivale inattendue se présente en la personne de la sensuelle Lily, nouvellement recrutée. Nina peut compter sur sa mère, Erica, une maîtresse-femme qui contrôle sa vie, pour intervenir auprès de Thomas.
TELERAMA
Entre les griffes de Darren Aronofsky, une ballerine voit son rêve tourner au cauchemar.
Danseuse étoile pour Le Lac des cygnes, Nina a du fil à retordre avec le cygne noir de la fin du ballet. La pureté artistique qu’elle recherche depuis toujours se retourne contre elle : on lui demande du débordement, des aspérités, de la sensualité, et c’est un cauchemar pour elle.
Darren Aronofsky s’y connaît en cauchemars : il a signé en 2000 le mémorable Requiem For a Dream, avec ses antihéros emportés dans une dérive de la perception. Black Swan brouille encore plus vite la frontière entre réalité, fantasmes et hallucinations. Particulièrement impressionnante est la galerie de figures féminines, toutes des doubles déformés ou déformants de l’héroïne. La mère (Barbara Hershey) offre une image de Nina avec trente ans de plus, ayant échoué jadis à sortir du rang. La danseuse étoile récemment déchue de la troupe (Winona Ryder), reproche vivant, symbole du déclin à venir. La rivale directe (Mila Kunis) paraît menaçante, obscène, car jugée plus sexy que Nina…
Le cinéaste déchaîne ses images mentales et brutales, jouant à plein régime du parallèle entre le tour de force de Natalie Portman (grandiose) et celui du personnage. La dernière réplique, expression d’un triomphe, s’accompagne ainsi d’une effusion de sang. Et l’actrice, oscarisée pour ce film, eut longtemps du mal à s’investir dans un autre projet.