arpoma.com - Rep. / Data
(6 sur 14)   (liste)

LA FILLE DU RER, André Téchiné 2009, Emilie Dequenne, Catherine Deneuve (thriller social)@@

(taille reelle)
Veuve, Louise vit avec sa fille Jeanne dans un petit pavillon de banlieue, situé à deux pas d'une station de RER. Louise gagne sa vie en gardant des enfants. Jeanne cherche mollement un emploi. Un jour, Louise pense avoir trouvé sur Internet un travail idéal pour sa fille : un poste de secrétaire chez un avocat renommé, Samuel Bernstein. Jeanne ne montre aucun enthousiasme. Le nom de cet avocat lui donne alors une idée des plus étranges. Dans le RER, la jeune fille invente en effet une singulière histoire d'agression. Bientôt, les médias s'emballent et tout le monde prend fait et cause pour Jeanne. Très vite, Louise redoute que sa fille n'ait un terrible mensonge à se reprocher...

TELERAMA
Que se passe-t-il dans la tête d’une femme qui invente une agression antisémite ? Inspiré par le fait divers de 2004, Téchiné sonde avec style et vivacité une société française à la fois bloquée et disloquée, où le mensonge est la seule issue.

Un fait divers marquant, survenu en 2004, est à l’origine du scénario : une jeune femme avait mystifié la police en prétendant avoir été victime d’une agression antisémite sur la ligne D du RER. À l’écran, la regrettée Émilie Dequenne prête à cette banlieusarde une vivacité et une fêlure étrange dans le regard, comme annonciatrice de l’imposture.

Aux antipodes du film-dossier, André Téchiné ne déroule aucune chaîne causale pour expliquer le mensonge. Le délit est sans mobile ou presque (« J’ai fait ça pour qu’on m’aime », balbutiera l’intéressée), mais pas sans conséquences absurdes — alimenter indirectement l’antisémitisme, entre autres. Des mots et des faits qui ne coïncident pas, une crise du sens et du lien : voilà de quoi le film rend compte, selon une esthétique de la brisure, entre les riches et les autres, entre les jeunes et les vieux, entre les Juifs et les goys.

Cinéaste inquiet mais humaniste Téchiné a souvent acheminé, envers et contre tout, ses personnages vers un monde à habiter ensemble. Dans La Fille du RER, il se résigne, au contraire, à renvoyer chacun à sa solitude. Une scène superbe, inutile pour l’intrigue, montre une Catherine Deneuve (la mère) qui se cache de Michel Blanc (l’avocat), à quelques mètres du lieu fixé pour leurs retrouvailles d’anciens amants, trente ans après. Le rendez-vous n’aura pas lieu, chacun rentrera chez soi.
YNOPSIS