LES ESTIVANTS, Valeria Bruni-Tedeschi 2018, Pierre Arditi (burlesque)@
Une grande et belle propriété sur la Côte d'Azur. Un endroit qui semble hors du temps et protégé du monde. Anna arrive avec sa fille pour quelques jours de vacances. Au milieu de sa famille, de leurs amis, et des employés, Anna doit gérer sa rupture toute fraîche et l'écriture de son prochain film. Derrière les rires, les colères, les secrets, naissent des rapports de domination, des peurs et des désirs. Chacun se débrouille avec le mystère de sa propre existence.
TELERAMA
La réalisatrice franco-italienne s’appuie librement, cette fois, sur une pièce de Gorki.
Libre adaptation d’une pièce de Gorki, le film réunit une vingtaine de personnages dans une villa méditerranéenne, au milieu de l’été. Anna, qui est venue retrouver sa fille, terminer son scénario et digérer une rupture, essaie d’y trouver sa place. Chacun y joue sa partition : les bourgeois dans le jardin, le petit personnel dans la remise. Les rapports de pouvoir se mettent en place. Entre le beau-frère, industriel de droite, et l’amie, scénariste de gauche — dans la piscine, il tourne autour d’elle comme un requin essoufflé. Entre la vieille mère, qui rêve encore d’amour, et l’oncle un peu fou, qui montre ses fesses sans que personne y prête attention…
Dans ce ballet cacophonique très chorégraphié, personne ne se voit ni ne s’écoute. Les repas sont des moments de catharsis, où les langues se délient et les vieux démons familiaux refont surface. Anna, tout à sa rupture, est d’abord très combative : elle harcèle son ex au téléphone, le frappe sur le quai de la gare dans une scène inénarrable. Mais, peu à peu, elle se met en retrait, devient spectatrice de sa propre histoire. Au centre de tous ses films précédents, Valeria Bruni Tedeschi s’efface doucement dans celui-ci, jusqu’à disparaître dans une brume épaisse lors de la dernière scène — celle du tournage de son scénario enfin terminé —, baignée d’une nostalgie et d’une musique felliniennes. Les personnages, morts et vivants réunis, sont enfin apaisés. Dans ce brouillard artificiel, la vraie vie s’estompe, l’illusion triomphe.