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JEUNESSE 2 les tourments, Wang Bing 2024 (societe)(chine)@@
Deuxième volet de la trilogie "Jeunesse" de Wang Bing sur les jeunes ouvriers de l'industrie textile chinoise. Les histoires individuelles et collectives se succèdent dans les ateliers textiles de Zhili, plus graves à mesure que passent les saisons. Fu Yun accumule les erreurs et subit les railleries de ses camarades. Xu Wanxiang ne retrouve plus son livret de paie. Son patron refuse de lui verser son salaire.

TELERAMA
Le deuxième volet d’une trilogie sur la vie des ouvriers du textile en Chine, qui pose un regard implacable sur la condition humaine au XXIe siècle. Et tenter de lutter contre la déshumanisation en marche.

Après Jeunesse (Le printemps) et avant Jeunesse (Retour au pays), voici le deuxième volet d’une œuvre documentaire monumentale, consacrée aux travailleurs de l’industrie textile chinoise, obscur empire de la fast fashion. Le talentueux Wang Bing avait d’abord salué la persistance, envers et contre tout, d’une légèreté et d’une insouciance dont seuls les jeunes gens ont le secret. Dans cette partie centrale, très nocturne, les rires se font bien plus rares. Au milieu d’une conversation avec une collègue qui doit reprendre tous les vêtements qu’elle a montés parce qu’elle n’a pas suivi le modèle, une ouvrière est prise d’une quinte de toux infernale. Même les corps jeunes peuvent craquer, quand ils deviennent aussi mécanisés que les machines à coudre sur lesquelles ils sont continuellement penchés.

La souffrance se referme sur la masse des travailleurs. À l’écran, le nom de chacun d’entre eux s’inscrit, comme pour lutter contre la déshumanisation en marche. La fuite du directeur des ateliers de confection, après des ennuis avec la police, provoque une situation de crise qui évoque directement un cinéma politique à la Ken Loach et met ce documentaire sous tension. Filmer devient un geste de solidarité avec une jeunesse qui s’éveille à peine à la lutte des classes, prise dans un rêve consumériste pour lequel elle est prête à sacrifier ses forces vives. Ici ou là, des visions lucides se dégagent : « À quoi sert l’argent si tu n’as aucun droit ? », s’interroge un homme. Mais « Tant qu’il y a du tissu, on continue », dit une ouvrière au cours d’une réunion où l’on ne sait pas très bien si c’est l’union ou le chacun pour soi qui fait la force.

Wang Bing n’a pas mené une enquête journalistique. C’est de la condition humaine qu’il se fait l’écho, faisant de son film une réflexion sur notre époque. Tournées il y a quelques années déjà, ces images ont une force sur laquelle le temps n’a pas de prise. Elles font de cette plongée dans le capitalisme à la chinoise une expérience unique. Et donnent une réalité mémorable à ces vies lointaines, à ce cauchemar d’un monde ouvrier où l’on croit voir s’éterniser les esclaves des débuts de l’ère industrielle.