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    Tu es venue le feu s’est alors ranimé
    L’ombre a cédé le froid d’en bas s’est étoilé
    Et la terre s’est recouverte
    De ta chair claire et je me suis senti léger

    Tu es venue la solitude était vaincue
    J’avais un guide sur la terre je savais
    Me diriger je me savais démesuré
    J’avançais je gagnais de l’espace et du temps

    J’allais vers toi j’allais sans fin vers la lumière
    La vie avait un corps l’espoir tendait sa voile
    Le sommeil ruisselait de rêves et la nuit
    Promettait à l’aurore des regards confiants

    Les rayons de tes bras entrouvraient le brouillard
    Ta bouche était mouillée des premières rosées
    Le repos ébloui remplaçait la fatigue
    Et j’adorais l’amour comme à mes premiers jours.

    Les champs sont labourés les usines rayonnent
    Et le blé fait son nid dans une houle énorme
    La moisson la vendange ont des témoins sans nombre
    Rien n’est simple ni singulier

    La mer est dans les yeux du ciel ou de la nuit
    La forêt donne aux arbres la sécurité
    Et les murs des maisons ont une peau commune
    Et les routes toujours se croisent.

    Les hommes sont faits pour s’entendre
    Pour se comprendre pour s’aimer
    Ont des enfants qui deviendront pères des hommes
    Ont des enfants sans feu ni lieu

    Qui réinventeront les hommes
    Et la nature et leur patrie
    Celle de tous les hommes
    Celle de tous les temps.

    Paul Eluard