Capturé par le gouvernement américain, Mohamedou Ould Slahi est détenu depuis des années à Guantánamo, sans jugement ni inculpation. À bout de forces, il se découvre deux alliées inattendues : l’avocate Nancy Hollander et sa collaboratrice Teri Duncan. Avec ténacité, les deux femmes vont affronter l’implacable système au nom d’une justice équitable. Leur plaidoyer polémique, ainsi que les preuves découvertes par le redoutable procureur militaire, le lieutenant-colonel Stuart Couch, finiront par démasquer une conspiration aussi vaste que scandaleuse. L’incroyable histoire vraie d’un combat acharné pour la survie et les droits d’un homme.
TELERAMA
Des montagnes de cartons empilés, contenant des Everest de paperasse. Comment filmer ce passage obligé du film-dossier ? Dans Dark Waters, de Todd Haynes, l’avocat joué par Mark Ruffalo se retrouvait, Sisyphe de l’Ohio, au pied d’une muraille de rapports sibyllins et de feuilles éparses à trier, en solitaire, dans une pièce aveugle. Nancy Hollander, la juriste experte et tenace de Désigné coupable, qu’interprète Jodie Foster, n’est pas mieux lotie, qui doit batailler des années pour obtenir le dossier classé secret défense de son client et se voit concéder des milliers de pages… rendues illisibles par la censure.
Ce suspense de papier efficacement orchestré constitue l’un des atouts du long métrage de Kevin Macdonald (Le Dernier Roi d’Écosse), basé sur le livre autobiographique de Mohamedou Ould Slahi. Accusé d’avoir recruté des terroristes impliqués dans les attentats du 11 septembre 2001, le Mauritanien a passé quatorze ans dans des geôles américaines, en Afghanistan puis à Guantánamo, sans jamais être inculpé du moindre crime. Le scénario en fait un personnage à la fois ambigu et touchant, dont la naïveté peut prêter au soupçon, mais la question de son innocence revêt ici moins d’importance que celle d’une démocratie bafouant ses propres lois.
Douze ans après un autre film de prison, Un prophète, de Jacques Audiard, Tahar Rahim réussit une performance impressionnante en détenu brisé par la torture — des séquences fortes, filmées comme des cauchemars fiévreux. Si l’on est moins convaincu par certains flash-back familiaux ou un procès inutilement larmoyant, impossible de résister à Jodie Foster en avocate idéaliste, autre topos du cinéma américain intelligemment revisité. En effet, le personnage se définit par sa lutte et rien d’autre — ni mari, ni enfants, ni hobby, pas même un coup de fil personnel n’a été ajouté pour l’« humaniser » ou, pis, la féminiser artificiellement. Cheveux gris et volonté de fer, la star donne à cette croisée de l’État de droit une épaisseur et une humanité qui ne nécessitent aucune fioriture.voir sur GOOGLE MAP